05 octobre 2011

Li Qingzhao, une grande Dame des belles-lettres chinoises

Une femme poète originale et « romantique »


    Musicienne, peintre, pionnière de l’archéologie, Li Qingzhao 李清照 s’est révélée comme la plus grande poétesse de l’histoire chinoise ; en particulier, elle trouve sa place parmi les  écrivains de Chine les plus profonds et les plus admirés. Rédigés en une langue proche de la langue parlée de l’époque, ses odes 詞 tout d’abord font apparaître une haute qualité de sentiment, mais aussi font preuve d’ une originalité inégalée dans la littérature chinoise par la vigueur des images et l’assemblage des mots. En recueillant l’héritage de ses confrères qui développèrent le 詞, Li Qingzhao ne se satisfait pas d’en exacerber l'empire du sentiment : elle ne cesse d’expérimenter pour mieux cerner toutes les dimensions de l’élaboration lyrique.

Regards sur  l’œuvre littéraire unique de Li Qingzhao.


    L’écriture poétique qu’elle met en œuvre dans les 詞 se déploie selon trois volets. D’abord, son propos évite les poncifs afin de se consacrer à l’évocation précise de scènes choisies de son existence qu’elle nous fait revivre. Ensuite, le mode d’agencement des poèmes, puissant et équilibré, et la conception d’images inaccoutumées et inattendues sont placés, au moins au début de son itinéraire poétique, sous l’influence des transformations de l’univers dans le sens où elles furent formulées dans  le Classique des Mutations, afin de nous faire sentir le déplacement sans trève de l’activité émotionnelle : les choses et les états de l’âme se répondent et parfois fusionnent, comme ce chagrin qui arrive littéralement à peser si lourd, faisant plier une rambarde ou chavirer un bateau. Enfin, se refusant aux recherches formelles de certains de ses confrères, l’usage de tournures usuelles dans la langue classique et la quête  systématique d’effets musicaux, ce qui va restituer à l’expression lyrique les charactéristiques de récitation qu’il a bien plus en Occident qu’en Chine.

    De cette façon, Li Qingzhao introduira de façon préférentielle des moments particuliers de son existence, où l’insistance est mise sur un certain nombre de thèmes répétés qui s’entremêlent : l’un deux pour commencer consiste en l’identification de la poétesse aux fleurs qu’elle contemple, qui va aller jusqu’à conférer l’affectivité d’une personne à tous les éléments du règne végétal, de sorte que ceux-ci peuvent de cette façon coïncider en accord profond avec notre monde ; le second est celui de l’interaction entre le domaine renfermé du boudoir et l’univers extérieur de la nature soumis aux évènements météorologiques et à la luminosité variable du ciel – comme s’ils étaient influencés l’un par l’autre.

Entre eux, évidente et pourtant perméable, l’omniprésence de la frontière est indiquée et même accentuée par rideaux et volets qui marquent l’écart entre ces deux mondes pourtant en étroite concordance. De part et d’autre apparaissent aussi les sons et les parfums, qui ne vont seulement pas manquer d’exciter la perception, mais constituent des énergies agissantes dans chacun des deux ensembles. Afin de résister au froid, cette obsession  qui coule sous son pinceau, la femme poète se réfugiera dans les rêves ou l’ivresse : et au fil des textes, tout au long de sa vie, elle passera en revue son passé, sa nostalgie, ses attentes, puis, de plus en plus, sa solitude et les atteintes de l'âge. Ainsi pourrait-on résumer les aspects essentiels de l’œuvre poétique de Li Qingzhao.

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